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voyages en france

  • Villes de Normandie:Trouville et Deauville par Ardouin Dumazet

    source: Voyages en France -La Normandie- 1921

     

    Faut-il décrire Trouville? Je la dépeindrai telle que je la vis tout à l'heure, ses rues montueuses d'une placidité monacale, ses autres voies larges, bordées de grands hôtels et de villas allant du luxe le plus raffiné, des suprêmes élégances et de la majesté au mauvais goût le plus prétentieux.

     

    Puis une plage immense, d'un sable fin et doux, bordée par une digue sur laquelle s'aligent des villas. Mais tout cela est endormi, les volets sont clos, les parterres envahis par les herbes. Dans deux mois la cité se réveillera, les équipages sillonneront les quais, graviront les verdoyantes allées de la colline, la plage s'emplira d'une foule dont la grande occupation sera de changer congrûment de toilettes aux heures fixées par le code spécial à Trouville. La vie y sera exécrable, très chère, mais tout le monde voudra avoir été de la « semaine ».

     

    Ce Trouville Brillant et opulent est séparé de Deauville par le port d'échouage où affluent les barques de pêche et le bassin à flot entouré d'immenses tas de bois et de charbon. C'est un coin banal de ville maritime où la fumée et la poussière règnent en maîtresses. Trouville, par sa situation au débouché d'une des plus riches vallées de Normandie, ne pouvait en effet manquer de devenir un port assez considérable, son mouvement dépasse 100 000 tonnes.

     

    La ville balnéaire de Deauville prolonge jusqu'au bassin même ses larges avenues plantées d'arbres; si Trouville est morne en ce moment, sa voisine est navrante. Trouville a du commerce, une population stable, elle pourrait se passer de baigneurs; rien de semblable dans la création du Duc de Morny. Elle est ville de bains avant tout, tout est fermé ou vie; même, sur une place, un piédestal de granit est veuf de sa statue. L'aurait-on remisée pendant l'hiver? La chose est plus tragique: on avait mis ici la statue du Duc de Morny, mais après la chute du Second Empire, on a jeté bas l'effigie du Duc.

     

    Le vrai Deauville n'est pas dans ces avenues encore peu bâties, où s'élèvent de vagues villas; les hôtels et les villas monumentales sont à front de mer sur l'immense boulevard ou terrasse long de 1 800 mètres bordant une zone de sables gazonnés au dessous duquel s'étend, mais assez loin, la plage. Peut-être ces constructions sont-elles trop uniformes; la brique à deux tons, dont la plupart sont bâties, manque de gaieté. Pendant la grande semaine, l'animation mondaine transforme la terrase silencieuse; un petit Decauville y court, de luxuex équipages s'y croisent sans cesse.

     

    Il manque à cette création de la spéculation, les arbres dont Trouville est si amplement dotée. L'hippodrome de Deauville, où les courses fameuses, principale réjouissance de la « semaine » ont lieu, est entre la ville et le chemin de fer, dans une pelouse superbe, au pied du mont Canisy, dont une des croupes porte le village primitif de Deauville.