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veilles traditionnelles

  • Paysages de Normandie:Guernesey

    source: Tour-Magazine

    Si vous découvrez Guernesey le premier lundi de juillet, vous aurez du mal à savoir où vous vous trouvez. Vous êtes tombés sur la grande fête de l’île, le Viaer Marchi, le vieux marché en patois, où tout le monde s’habille et s’amuse en costume normand d’époque. Autour de vous, les noms de rues et les enseignes de boutiques sont français, mais les danseurs parlent anglais. Pas d’erreur, vous êtes bien sur une des Anglo-normandes, l’appellation officielle de ces îles pas comme les autres.


    Des privilèges qui perdurent


    Ces bizarreries découlent d’une histoire originale. Si l’île est habitée depuis une dizaine de millénaires, comme en témoignent les nombreux mégalithes qui la parsèment, on entend surtout parler d’elle au XIe siècle, lors de l’avènement de Guillaume le Conquérant sur le trône d’Angleterre, qui embarque les îles dans son aventure anglaise.

    Quand Jean sans Terre rend la Normandie au roi de France, les îliens décident de lui rester fidèles mais en profitent pour négocier des privilèges qui les rendent pratiquement indépendants et autonomes, et ce jusqu’à ce jour ou presque.

    Les îles sont dans le marché européen depuis 1976 mais possèdent leur propre monnaie et ne sont pas membres de l’Union européenne. Leur souverain d’honneur est toujours le Duc de Normandie, qui se trouve être aujourd’hui… la reine d’Angleterre.

    Haro, haro, mon prince !
    La loi appliquée sur l’île est toujours normande. Ce qui donne lieu parfois à de savoureux spectacles. Haro, haro, mon prince ! On me fait tort !

    Ainsi peut haranguer le plaignant d’une querelle de voisinage, en se plantant devant la porte du bailli. Cette supplique publique, suivie de la récitation d’un Notre Père, implique obligatoirement un jugement, un an et un jour plus tard. Avouez que c’est plus simple que nos procédures dites modernes.

    Les dix "Paroisses" de l’île sont gérées, sous la présidence du Bailli, qui doit obligatoirement être avocat – est-ce dû à l’amour bien connu des Normands pour la chicane ? – par un groupe de Jurats, cooptés souvent de père en fils.

    Un gouverneur anglais représente la reine, nommé pour cinq ans seulement, et sans pouvoir décisionnaire. Un Chief Minister coiffe dix ministres élus par un corps électoral choisi. Vous avez dit démocratie ? Fi donc ! Quel vilain mot, mes seigneurs !

    Il existe tout de même quelques députés élus, deux ou trois par Paroisse, qui ont leur mot à dire dans une chambre spéciale, où ils légifèrent avec quelques magistrats de père en fils, un connétable, un douzainier, un procureur des pauvres.

    Quand l’affaire est grave et dépasse le cadre de l’île, comme lors de la discussion sur les paradis fiscaux, un lord anglais à Londres devient le porte-parole de Guernesey.

    Une bulle de survie pour la Langue normande

    Ces structures juridiques reposaient jusqu’avant la dernière guerre sur une farouche fidélité à la loi normande médiévale.

    La survivance de la langue française en était le garant. Même si l’anglais était parlé en ville, le patois dominait la vie rurale et les activités de contrebande.

    L’exil vers l’Angleterre qui fut imposé aux enfants de l’île pendant l’Occupation allemande a provoqué l’abandon du français pendant leur scolarité. (Il faut absolument lire le délicieux Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates pour en savoir plus sur les effets de la seconde Guerre dans l’île.)

    Le français a presque disparu aujourd’hui. Mais depuis trois ans, le dialecte normand est à nouveau enseigné dans trois écoles primaires et un nouveau ministère de la Culture anglo-normande a été créé à titre d’essai.

    Des traditions millénaires toujours vivaces


    Les enfants pourront ainsi comprendre les paroles des chants qui rythment les "veilles" traditionnelles, comme le célèbre "Mon mari l’est ban malade" que chantaient les tricoteuses de pulls marins pendant les longues soirées d’hiver.

    Des pulls modernisés mais dont la symbolique survit grâce à une dizaine de dames qui continuent à assembler à la main les morceaux montés à la machine.

    Les motifs des coutures, les mêmes depuis des millénaires, représentent les gréements, les vagues et les cordages qui accompagnent la vie de leurs hommes en mer.

    Passé à l’huile de lin, le pull de Guernesey est imperméable et inusable et vous l’acquérez pour la vie.