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tire-bouchons

  • Histoire de Normandie: Les tire-bouchons de Rouen

    Il ne s'agit pas d'un instrument, mais d'un homme. Le tire-bouchon rouennais comme le graisseux et le pirate de Robec, gagne sa vie dans l'eau et il la gagne même assez largement.

     

    Il est bien au courant des heures de la marée et, selon ces heures, il monte ou descend avec la Seine. Tantôt en amont du nouveau pont, mais le plus souvent en aval. Il affectionne les endroits où le fleuve forme un coude brusque; il adore les roseaux dont les tiges réunies forment pour lui une sorte de grillage naturel; mais sa prédilection est pour les petites baies temporaires engendrées sur les quais par les travaux du port. C'est là que le courant dépose les bouteilles vides et les bouchons. Notre homme n'a qu'à les ramasser et, comme il y a beaucoup d'ouvriers travaillant aux alentours, la récolte est toujours des plus fructueuses.

     

    A Rouen, ce métier est d'ordinaire un petit supplément, une sorte de cumul pour les ouvriers des quais employés à décharger les navires. Quelques-uns cependant, les « purs », se contentent de ce seul genre d'existence, qui ne doit pas engraisser outre mesure les pauvres hères.

     

    On distingue deux sortes de tire-bouchon, les grands et les petits. Les seconds n'ayant pas toujours de dominicle et gênés de leurs richesses, les cèdent à bas prix aux premiers.

     

    Ceux-ci possèdent une chambre en vulle dans un quartier excentrique. Ils jettent dans un même panier tous les bouchons semblables. C'est une véritable sélection. Puis, ils font un second tri et mettent de côté les morceaux de liège pouvant servir sans être transformés. Ces bouchons se débitent à bon marché et trouvent toujours beaucoup d'acheteurs. Les autres bouchons, ceux qui sont percés, coupés, usés, salis, sont hachés avec des instruments spéciaux, et devienent selon leurs dimension, leur qualité, leur forme, d'excellente marchandise pour les pharmaciens ambulants, les camelots, les marchants d'orviétan, les fabricants de colle.

     

    Ils servent aussi à la fabrication de ceintures de natation; ils ferment ces petits flacons de liqueurs contenant à peu près dix gouttes de liquide et qui se vendent aux enfants.

     

    Avec les rognures ont fait cette sorte de fermeture imperméable qui unit le tuyau de certaines pipes communes au fourneau; on fabrique également des petits carrés imperceptibles que les collectionneurs d'insectes collent au fond de leurs boîte pour pouvoir y piquer l'épingle indicatrice de leur grand-paon ou de leur pyrètre.