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paul harel

  • Extrait d'un poème de Paul Harel

     

     

    Au-dehors, le brouillard vous happait à la gorge

    Ma cuisine, au-dedans, flambait comme une forge

    Aux cendres du foyer le pot-au-feu normand

    Sommeillait comme un juste et ronflait en formant.

     

    Les rognons affolés frétillaient dans la poêle

    Palpitant, crépitant et crevant sur le gril,

    Les boudins sifflaient mieux que merles en avril.

     

    Les tripes sanglotaient tout bas dans leurs terrines.

     

    Des fumets nourrissants montaient dans les narines,

    Le gigot se vautrait sur les oignons confits,

    Les poulets écrasaient leur lit de salsifis,

    Et les doux ris de veau, couchés dans leurs coquilles,

    Semblaient, en mijotant, caresser les morilles.

     

  • Culture de Normandie: Sous la côte par Paul Harel

    C'est comme un nid fait dans les herbes.

    Du seuil de la vieille maison,

    A travers des arbres superbes

    On voit miroiter l'horizon.

     

    Du logis que le chaume couvre

    Sous la côte, à l'abri du vent,

    Tous les matins la porte s'ouvre

    En face du soleil levant.

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  • Culture de Normandie: La Croix de Bois de Paul Harel

    O Croix de bois, qui mets ton signe douloureux
    Sur les prés, sur les champs et sur les chemins creux,
    Toi qui pouvais là-bas te dresser grave et haute,
    Quel caprice pieux t'a plantée à mi-côte ?
    Quel hasard ? - Le charmant hasard d'un carrefour.
    Voici les chemins creux : l'un s'en va d'Echauffour
    Jusqu'à Planches, qui fut une ville romaine ;
    L'autre des champs aux bois se tord et se promène
    Très poétiquement. Ils n'ont pas deux endroits
    Pour se rejoindre ; ils vont, viennent, font une croix
    Devant la Croix de bois, puis s'enfuient par les haies,
    Où les épines et les houx mêlent leurs haies,
    Car l'automne brumeux expire à l'horizon.

    Dans le vent pluvieux non loin de ma maison,
    L'arbre s'agite et pleure, et la sombre vallée
    Est la sœur de mon âme obscure et désolée.
    Car les plaintes du vent, ce sont des cris humains.
    Car les pleurs des buissons qui bordent les chemins
    Avec mes larmes ont mouillé, mouillé la terre
    Et j'ai porté ma croix sous la Croix solitaire.

    Seul, ayant comme un poids de brume à mon manteau,
    Ce matin le poète a franchi le coteau.
    Pas une voix dans l'air, pas un son dans les branches.
    L'Angélus d'Echauffour et l'Angélus de Planches,
    Qui s'unissent parfois en un chant fraternel,
    Etouffés et lointains, se perdaient dans le ciel.
    Les chemins, les maisons, les clochers, les églises
    Et tous les arbres se voilaient de vapeurs grises.
    Gavés des fruits sanglants de l'épine et du houx,
    Les oiseaux regardaient le poète à genoux.
    Ils voyaient dans la brume une croix ébauchée,
    Puis un être, immobile et la tête penchée.
    De l'homme au bois sacré quand les bras s'appuyaient,
    Quand il joignait les mains, les oiseaux s'enfuyaient
    Par les chemins, sur le coteau, dans la ravine,
    Et l'homme, resté seul sous votre Croix divine,
    O Christ, l'homme ulcéré, le pécheur, le passant,
    Baignait son cœur malade aux flots de votre sang.

  • Culture de Normandie: Le vieux Pommier de Paul Harel

    Le pommier décrépit se penche vers le sol,

    Sous le fardeau des fruits et le poids des années;

    Il prodigue son ombre aux frêles graminées,

    Et couvre le fossé d'un large parasol.

     

    Les oiseaux picoreurs, arrêtés dans leur vol,

    L'emplissent de tapage aux claires matinées;

    Concert et gazouillis de notes mutinées,

    Où chaque moineau-franc se croit un rossignol.

     

    Mousses d'argent, pierrot, pommes d'or et mésanges,

    Vie, abondance, espoir, amour, joyeux mélanges!

    Dans ton écrasement, pommier, ne te plains pas.

     

    L'honneur est assez grand, si la charge est trop forte.

    J'entends le vent d'aval qui murmure tout bas;

    « Courage, vieux lutteur, la vigne est bientôt morte! »

  • Culture de Normandie: Psaume de la vie de Paul Harel


    Je ne suis pas de ceux que la vie embarrasse ;
    Je répugne aux langueurs des hommes d’aujourd’hui.
    Ma croyance est profonde, et j’y trouve un appui,
    Sur lequel ont compté les meilleurs de ma race.

    La faible, dans son cœur, examine la trace
    Du chagrin, du remords, de la peur, de l’ennui.
    Je chercherai plus haut et verrai mieux que lui.
    Je ne suis pas de ceux que la douleur terrasse.

    Je sais qu’il faut lutter : je lutte, c’est ma loi ;
    Je sais qu’il faut chanter : je chante, c’est ma foi.
    Pour recommencer l’hymne et reprendre les armes,

    Je n’ai, chantre et soldat, qu’à regarder la croix
    Où l’Homme-Dieu versa tant de sang et de larmes.
    La Douleur et la Mort y triomphent. Je crois.