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pêcheurs normands

  • La fête de la Trinité en Normandie

    Célébrée une semaine après la Pentecôte, la Fête de la Trinité est une fête mobile.  

     

    La fête de la Trinité célèbre le mystère de la Trinité. En Seine-Maritime, la Trinité était placée sous le vocable de Saint Sauveur. C'était la fête au cour de laquelle les paysans invoquaient Saint Sauveur pour la conservation des bestiaux.

     

    Les Pêcheurs d'Etretat faisaient leur entrée au son de l'orgue: ils apportaient un beauteau de pêche en modèle réduit posé sur du pain béni appelé brioche et entouré d'une pyramide de fleurs. Le spectacle impressionnait les paroissiens. Derrière les porteurs, les autres pêcheurs tenaient en main une chandelle faite de suif, qui ne ressemblait en rien aux cierges.

    Alors le chef de cette troupe entonnait un cantique très ancien (un exemple de cantique de Terre-Neuvas) dans lequel il priait Saint Sauveurde préserver les pêcheurs des attaques de pirates.

     

    Les pèlerins venaient de toute la Normandie pour assister à cette façon à la Fête de la Sainte Trinité à Fécamp. La cérémonie se déroulait à l'Abbaye de la Trinité, dite Porte du Ciel, et chacun venait se recueillir auprès du Précieux Sang.

     

  • Histoire de Normandie: Les Pêcheurs Normands

    par EMILE DE LA BÉDOLLIERRE.

    Tous les pêcheurs normands participent du poletais par leur piété et leur honnêteté patriarcale ; ils sont graves, laborieux, intrépides. Dès l’enfance, ils aident leurs pères, gardent les bateaux, ramassent sur le sable les moules, les crabes et les tourteaux, rebinent (1) les huîtres, reçoivent le poisson dont les chaloupes sont chargées le soir. Leur vie est un perpétuel apprentissage de la mort : sont-ils sûrs de revenir de leurs lointains voyages ? sont-ils sûrs d’échapper au flot qui va monter quand ils ramassent la tangue (2) sur les grèves, quand ils recueillent le vauboire (3) entre les roches ? Ne bravent-ils pas les plus terribles dangers de l’Océan pour sauver des naufragés, pour recueillir l’équipage d’un trois-mâts échoué et battu par les lames, pour assurer les enclos d’une baie que menace la marée ? Leur courage leur vaut fréquemment des médailles et des gratifications, mais l’estime dont ils jouissent est leur plus douce récompense.

    L’association, invoquée par la science moderne comme le moyen de salut des classes ouvrières, est réalisée depuis des siècles sur les côtes du Calvados et dans les ports du Bessin. Il y a dans chaque village plusieurs sociétés de pêcheurs, formées par conventions verbales, mais plus indissolubles que bien des compagnies instituées par acte notarié. Toutes ces sociétés sont représentées par le même écoreur (4), syndic chargé d’administrer les revenus, de diriger les entreprises, de percevoir les sommes dues, de répartir les salaires. Il est présent quand les bateaux arrivent de la pêche, surveille les ventes et répond du paiement des billets que signent les marayeurs. Il n’est indemnisé de sa gestion qu’en rendant ses comptes, au moyen d’une retenue d’un pour 100 ; il ne lui est alloué qu’un demi pour 100 si la vente du poisson se fait dans un port lointain, et par conséquent au comptant.

    Chaque association possède deux ou trois bateaux, dont l’équipage est, terme moyen, de dix sociétaires. Ceux que leurs affaires retiennent à terre partagent avec ceux qui s’embarquent. Tout associé doit apporter six, sept, huit, neuf, dix ou douze appelets ; celui qui n’en apporte pas le nombre déterminé perd autant de parts qu’il lui manque de filets. Le fils d’un associé a le droit de mettre sur un bateau une quantité d’engins de pêche proportionnée à ses forces. Les veuves restent associées, à la condition de fournir des filets et pourvoir à leurs frais au remplacement du défunt. Les pêcheurs pauvres ont la faculté d’emprunter des filets.

    Les parts de pêche sont en raison de l’âge, de l’adresse et du nombre d’appelets de chaque matelot. Un septième des bénéfices est prélevé pour l’entretien ou le remplacement des bateaux. Les sinistres survenus aux appelets sont supportés par la communauté et remboursés sur les gains de la pêche, suivant un tarif.

    Catholiques zélés, les pêcheurs font bénir et baptiser leurs barques par le curé accompagné du sacristain. Aucun équipage ne part pour la pêche sans entendre une messe, à la fin de laquelle les matelots et leurs parents répètent en choeur un cantique composé par quelque pauvre barde villageois. Voici celui qu’on chante à Étretat :

    Le matin, quand je m’éveille,
    Je vois mon Jésus venir ;
    Il est beau à merveille ;
    C’est lui qui me réveille,
    C’est Jésus, c’est Jésus,
    Mon aimable Jésus.

    Je le vois, mon Jésus, je le vois
    Porter sa brillante croix
    Là-haut sur cette montagne ;
    Sa mère l’accompagne.
    C’est, etc.

    Ses pieds, ses mains sont clouées,
    Et son chef est couronné
    De grosses épines blanches ;
    Grand Dieu, quelles souffranches !
    C’est, etc.

    A l’autel du Saint-Sacrement,
    Jésus fait son aliment ;
    D’adorer la sainte hostie
    Mon Jésus est avide :
    C’est, etc.

    L’église est sa garnison,
    Et sa maison d’oraison ;
    Les anges en sont la garde.
    Que Dieu nous sauve et garde !
    C’est Jésus, c’est Jésus,
    Mon aimable Jésus.

    Les femmes des pêcheurs prennent part aux travaux de leurs maris, pêchent le long du rivage, vont vendre le poisson, et font retenir les hameaux de ce cri : A la bonne moule, moulàa !... des cayeux (5) des beaux ! en v’là des bons cayeux, des gros ! Pendant la campagne de 1839, les armateurs ont confié aux Granvillaises pour 20,000 francs de morue à débiter, moyennant un bénéfice de 5 centimes par franc, et elles ont rendu fidèlement compte de cette valeur importante. Ce sont les femmes qui lavent les maquereaux, et les disposent entre des couches de pacqué(6) ! ce sont elles qui trient les huîtres, rangent en sillons les huîtres grande marchande, petite marchande, pied-de-cheval, et celles qu’on reporte sur les bancs pour les repeupler. Loin de renoncer aux occupations de leur sexe, souvent, assises aux portes de leurs cabanes, elles fabriquent de la dentelle et de la blonde.

    Toutes vertueuses qu’elles sont, les habitantes des côtes, surtout dans la région septentrionale, se marient rarement sans avoir perdu le droit de se parer de la fleur d’oranger symbolique. Une séduction suivie d’abandon est sans exemple ; mais il est aussi presque sans exemple qu’une fille se marie avant d’être enceinte. De sa conception datent ses fiançailles ; son amant l’emmène à Dieppe ou à Fécamp, et lui achète une chaîne d’or, une montre, un paroissien ; il fait en même temps présent de bagues d’argent aux soeurs et amies de sa maîtresse. Cette visite au bijoutier, à laquelle assistent les parents des deux fiancés, s’appelle l’embaguement. Le jour de la bénédiction nuptiale, la future, conduite par son père et suivie de ses proches, se rend à l’église, où le fiancé arrive de son côté avec sa mère et sa famille. Ce n’est qu’après la messe que le père du mari s’approche de sa bru, lui dit : « Levez-vous, ma fille, » et lui offre le bras. Le fiancé prend celui de sa belle-mère, et les deux cortéges se confondent.

    Veuves dans le mariage, séparées de leurs maris durant la moitié de l’année, recevant même parfois, le jour de leurs noces, une procuration générale, les femmes des pêcheurs sont directrices suprêmes des affaires domestiques, et seules chargées de l’éducation d’une douzaine d’enfants. Elles ont prouvé qu’elles pouvaient en plus d’une occasion tenir la place de leurs époux. Sur la fin du règne de Napoléon, les Anglais, voulant pénétrer dans les embouchures de la Seine et de l’Orne, surprirent les barques honfleurtoises, et se saisirent des pilotes ; mais ceux-ci se refusèrent noblement à guider l’ennemi. Pendant qu’on cherchait à triompher de leur patriotique résistance, le vaisseau amiral fut tout à coup environné d’une flottille de canaux. Les femmes d’Honfleur, instruites de ce qui se passait par des pêcheurs échappés aux Anglais, venaient réclamer leurs maris. On leur répondit d’abord par des sarcasmes, mais, brandissant leurs gaffes et leurs rames, elles menacèrent de monter à l’abordage ; et pour éviter une lutte déshonorante, les Anglais remirent les pilotes en liberté, et renoncèrent à leur projet de débarquement.

    (1)Rebiner, glaner les huîtres après l’enlèvement des huîtres marchandises.
    (2) Limon de la mer, qui sert d’engrais.
    (3) Fucus, appelé en d’autres pays vrac et varec.
    (4) D’œquor, la mer.
    (5) Des moules. On les appelle a Harfleur viréville, du nom d’un rocher où elles abondent.
    (6) Sel préparé.