Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lutte

  • Histoire de la Normandie:La révolte des nu-pieds en 1639

    Le 7 juillet 1639 éclate en Normandie la plus grave des révoltes de cette province, par nature peu frondeuse contre le pouvoir royal.

    L’accroissement brutal de la charge fiscale tout au long de la décennie en est la cause.

    Depuis longtemps, le budget royal est en déficit mais cette année là, il manque 114 millions de livres pour couvrir des dépenses qui atteignent 172 millions. Le roi Louis XIII a recours, pour se financer, à des expédients fiscaux. La Normandie, une des plus riches provinces du royaume, est mise à contribution.

    Certes, il y a déjà eu des « émotions* » (= troubles) populaires, mais cette fois, l’agitation urbaine, plus traditionnelle en quelque sorte (à Rouen notamment), est rejointe par celles des campagnes. Un impôt est plus spécialement vécu comme particulièrement injuste, celui de la gabelle (1).

    C’est cette révolte des campagnards, des « nu-pieds », qui va frapper particulièrement l’opinion.

    En ce mois de juillet 1639, des troupes de « faux sauniers » se constituent à la lisière de la Bretagne, pays exempté de gabelle et à partir duquel par conséquent se développe une intense contrebande de sel. On apprend qu’il y a même des nobles qui se sont mis à la tête de ces bandes. Tout le Cotentin est touché et la presse parisienne, « La Gazette », « Mercure de France » qui relate les événements et surtout la répression qui va suivre, ne manque pas d’évoquer des chefs à la fois fascinants et effrayants tel un certain Jean Quetil, Général des insurgés, qui prend le nom de « Jean Va-Nuds-Pieds ».

    La révolte gagne les villes : Caen, le 13 août, Rouen, du 20 au 23 août, Bayeux, le 25 ; Coutances, le 6 septembre.

    Mais c’est à Rouen que se déroulent les faits les plus graves : un contrôleur des teintures est assassiné. Les responsables locaux ne s’emploient que mollement à calmer une émeute antifiscale qu’ils approuvent secrètement.

    REVOLTE NU-PIEDS.JPG

    Cependant, comme le pouvoir royal ne peut laisser l’anarchie s’installer, sur ordre de Richelieu qui veut faire un exemple, 6000 soldats à pied et 1200 chevau-légers(plus légèrement équipés et armés que les autres corps de cavalerie) sont envoyés à Rouen en octobre.

    La révolte est finalement écrasée fin novembre 1639. Les meneurs de la sédition sont condamnés à mort. 200 mutins sont bannis. L’impôt est non seulement rétabli mais aggravé. Le châtiment s’abat sur Rouen où le chancelier Séguier, commandant de cette répression, s’établit à l’abbaye royale de Saint-Ouen en 1640. Il loge ses soldats chez l’habitant, remplace la municipalité par une commission et interdit le parlement pour avoir laissé faire.

    Le centralisme monarchique et absolu est en marche !

    (1) :  le sel fait l'objet d'un monopole royal. Il est entreposé dans des greniers à sel, où la population l'achète déjà taxé. La gabelle représente à cette époque environ 6% des revenus royaux. Mais  la perception de la gabelle n'est pas uniforme, elle dépend des pays :

    - les pays francs, exempts d'impôts, soit parce qu'ils en sont dispensés lors de leur réunion au royaume de France, soit parce que ce sont des régions maritimes : Artois, Flandre, Bretagne, Vendée, Aunis, Basse-Navarre, Béarn ;

    - les pays rédimés (ou pays rédimés des gabelles) qui ont, par un versement forfaitaire, acheté une exemption à perpétuité :Poitou, Limousin, Auvergne, Saintonge, Angoumois, Périgord, Quercy, Bordelais, Guyenne ;

    - les pays de salines : Lorraine, Alsace, Franche-Comté, Lyonnais, Dombes Provence, Roussillon ;

    - le pays de quart-bouillon. Le sel y est récolté en faisant bouillir le sable imprégné de sel de mer. Les sauneries versent le 1/4 de leur fabrication aux greniers du roi qui le revendaient avec taxes, les ¾ restants étaient commercialisés par les producteurs, sans taxe : Cotentin ;

    - les pays de petite gabelle, où la vente du sel est assurée par des greniers à sel, mais où la consommation est généralement libre : Dauphiné, Vivarais, Gévaudan, Rouergue, Languedoc ;

    - les pays de grande gabelle où on doit acheter obligatoirement une quantité fixe annuelle de sel, ce qui transforme la gabelle en un véritable impôt direct : Normandie, Champagne, Picardie, Île-de-France, Maine, Anjou, Touraine, Orléanais, Berry, Bourgogne,Bourbonnais.