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littérature française

  • La Normandie dans la littérature Française

    Car si la Normandie a acquis des titres de noblesse dans les Lettres françaises, ce n'est pas seulement par le talent ou le génie de ses fils, c'est aussi par la séduction qu'elle a toujours et partout exercée sur la foule des auteurs de notre langue, qui, n'ayant fait que passer à travers ses merveilles, ont été sensibles à la pittoresque varité de ses paysages, à la beauté de ses monuments, aux gloires de son passé et ont cherché à exprimer leurs émotions, à traduire leurs enthousiasmes.

     

    C'est ainsi que ces derniers ont laissé dans leurs oeuvres la trace enchantée de leurs séjours. Venus de Paris ou de Provinces plus ou moins lointaines et de tous les horizons intellectuels, ils ont été conquis, les uns après les autres, par les spectacles que leur offrait notre Province dans ses villes, ses rivages et ses campagnes..

     

    Stendhal a vu dans Rouen: « L'Athènes du monde Gothique »

    Victor Hugo chantât l'illustre cité: « Amis, c'est donc Rouen... La Ville aux cent cloches qui carillonnent dans l'air. »

    Madame de Sévigné a salué dans Caen: « La source des plus beaux esprits du Royaume »

    Edouard Herriot dans « La Forêt Normande » appelât la cathédrale de Coutance: « Un Parthénon chrétien »

    Devant la Manche, à Granville, Jules Michelet a conçu et réalisé « La Mer »

    Balzac, avec une prescience divinatoire, a annoncé l'essor du Havre.

    À Dieppe, en 1828, Vigny narrant la pathétique destinée de la frégate « La Silencieuse » a silhouetté la ville: « et son vieux château soutenu par la dune... et ses deux monts en vain par la mer insultés. ».

    A Villequier, retentira, tant qu'il y aura une langue française, la douleur de Victor Hugo dans « Les Contemplations »

    Retirée dans le château des Nouettes, la Comtesse de Ségur, a peuplé ses romand, avec les paysans des environs de L'Aigle.

    C'est à Ouistreham, que Siménon a composé « Le Quai des Brumes

     

    Après tant de rencontres fortuites et de vocations occasionnelles, on ne saurait être surpris par la passion que la Normandie a suscitée pour elle dans le coeur de ses enfants. Il est naturel qu'il aient saisi toutes les occasions de peindre et d'exalter une terre dont ils subissaient voluptueusement les sortilèges: l'harmonie de ses vallons, la fraîcheur ombreuses de ses forêts, les couleurs changeantes de ses champs et de ses prairies, le miroitement du noble fleuve qui la sillonne de méandres; la sérénité et la colère alternés de la Manche qui, tour à tour, caresse ou bat ses falaises; l'énergie poussée jusqu'à l'héroïsme, l'habileté poussée jusqu'à la ruse de ses population, aussi promptes à la joie qu'acharnées au travail, capables des plus sourdes rancunes et des plus magnifiques dévouements; enfin l'incomparable parure dont elle s'est couverte au long des siècles avec les donjons, les abbayes, les cathédrales, les châteaux qu'y édifièrent des hommes assez artistes pour faire sourire encore à nos yeux la plus modeste de leurs modestes à colombage.

     

     

    Flaubert répondait à un curieux qui l'interrogeait sur Madame Bovary: « Madame Bovary c'est moi.

    Combien plus justement on le pourrait définir: Flaubert, c'est la Normandie. Le reclus de Croisset éprouvait moins de peine à s'arracher à son ermitage quant il s'agissait pour lui de vagabonder en sa chère Normandie: à Rouen où il est né, il nous est facile en remettant nos pas dans ceux de la pitoyable Emma, de reconnaître les rues qu'elle a suivies. Dans les bourgs des environs subsiste plus vivace que si c'était celui d'une créature en chair et en os, le souvenir qu'elle y a laissé: par exemple à Totes et à Ry.

     

    Barbey d'Aurévilly surgit, ses ouvrages à la main, sur les landes désertes, les villes et les plages éventées du Cotentin.

     

    Jean de la Varende, pour nous faire mieux aimer ses héros et les théâtres de leurs exploits, n'hésitera pas à étirer jusqu'à l'Aigle, Verneuil et La Ferté-Vidame, un pays d'Ouche que ses pages entraînantes ont transfiguré.

    Ce serait, toutefois, très injustesment rétrécir la Normandie que de confiner ses écrivains dans une sorte de littérature régionaliste. En réalité, elle a fourni aux meilleurs d'entre eux le tremplin d'où ils se sont élancés vers les cimes qui leur découvrirent les formes permanentes où les réaliser.

    La grande originalité de la Normandie dans l'ordre littéraire, consiste dans la durable puissance des créations que notre langue doit à des Normands et qui, débordant les ouvrages particuliers, ont proprement rénové ou inauguré les genres dont elles relèvent.