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les oies sauvages

  • Culture de Normandie: Les Oies sauvages par Guy de Maupassant

    Tout est muet, l'oiseau ne jette plus ses cris.

    La morne plaine est blanche au loin sous le ciel gris.

    Seuls, les grands corbeaux noirs, qui vont cherchant leurs projets,

     

     

    Fouillent du bec la neige, et tachent sa pâleur.

    Voilà qu'à l'horizon s'elève une clameur;

    Elle approche, elle vient: c'est la tribu des oies.

    Ainsi qu'un trait lancé, toutes, le cou tendu,

    Allant toujours plus vite en leur vol éperdu,

    Passent, fouettant le vent de leur aile sifflante.

     

    Le guide qui conduit ces pèlerins des airs

    Delà les océans, les bois et les déserts,

    Comme pour exciter leur allure trop lente,

    De moment en moment jette son cri perçant.

     

    Comme un double ruban la caravane ondoie,

    Bruit étrangement, et par le ciel déploie

    Son grand triangle ailé qui va s'élargissant.

     

     

    Mais leurs frères captifs répandus dans la plaine,

    Engourdis par le froid, cheminent gravement,

    Un enfant en haillons en sifflant les promène,

    Comme de lourds vaisseaux balancés lentement.

    Ils entendent le cri de la tribu qui passe,

    Ils érigent leur tête; et, regardant s'enfuir

    Les libres voyageurs au travers de l'espace,

    Les captifs tout à coup se lèvent pour partir.

    Ils agitent en vain leurs ailes impuissantes,

    Et, dressés sur leurs pieds, sentent confusément,

    A cet appel errant, se lever granaussantes

    La liberté première au fond du coeur dormant,

    La fièvre de l'espace et des tièdes rivages.

    Dans les champs pleins de neige ils courent effarés,

    Et, jetant par le ciel des cris désespérés,

    Ils répondent longtemps à leurs frères sauvages.