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les impressionnistes

  • Normandie: Rouen, une ville qui a inspiré les impressionnistes

    source: Le Point

    Palette. La ville normande fut un laboratoire de l'impressionnisme. Elle en convoque les maîtres : Monet, Pissarro, Gauguin...

    Décidément, il s'en passe sous le Second Empire ! Tout à coup, les artistes se détournent de l'éternité pour n'être plus attentifs qu'à l'instant. Se débarrassant des mythes, de Zeus et d'Hercule, jetant Dieu aux orties, ils se concentrent sur le paysage. Dégustent à petits coups de pinceau les jeux de lumière sur un arpent de jardin, un bord de rivière ou encore un coin de rue pittoresque. Bientôt promue pour quelques semaines, à l'occasion d'une exposition, "Une ville pour l'impressionnisme", au rang de capitale de la modernité, Rouen fut un peu tout cela à la fois dans la seconde moitié du XIXe siècle. Après tout, Turner, le génial spécialiste anglais des brouillards préimpressionnistes, n'avait-il pas, quelques décennies plus tôt, fait étape dans la ville ?

    Délaissant les ateliers, toute une génération de peintres se précipite à l'extérieur, bénissant les fabricants qui ont eu la bonne idée d'enfermer les pigments dans des petits tubes de fer. Proche à la fois de Paris et de la mer, Rouen offrait bien des avantages aux géants de l'art moderne qui déployaient leur chevalet entre ses murs. Ennoblis par la présence de grands voiliers, les quais de la ville proposaient les points de vue qui valaient ceux des quartiers historiques et surtout celui de cette cathédrale, face à laquelle Monet livrera, en 1892-1893, l'une des plus difficiles batailles. Lorsqu'il s'y attaque, Monet est un peintre consacré. On ne se fait donc pas trop prier pour lui louer, comme le raconte Marianne Alphant dans Monet, une vie dans le paysage, une pièce en face du monument gothique.

    Monet et Rouen, une histoire

    De cette dentelle de gâbles, d'arcades, d'arcs, de tympans, de statues, il tire près de trente toiles, grises, bleues, roses ou plus colorées encore. Pour mieux dompter le monstre de pierre à la couleur changeante, il déménage deux fois, l'année d'après, toujours en face de la cathédrale. La présentation d'une petite dizaine de versions de la "Cathédrale" - en provenance de musées parfois lointains, notamment américains - constituera certainement le point d'orgue de l'exposition rouennaise.

    En réalité, Rouen avait déjà attiré Monet bien plus tôt dans sa carrière. Il s'y était rendu avant même de s'enfermer dans son petit parnasse de Giverny où il se livrera, avant d'oser affronter la cathédrale, à de subtils exercices de couleurs et de lumières dans des séries de "Meules" ou de "Peupliers". Artiste fauché, Monet alla d'abord à Rouen pour retrouver son frère Léon, dont la situation, plus enviable, pouvait lui être de quelque secours.

    Au début des années1870, alors qu'il ne s'était pas encore infligé ces obsessionnelles variations sur un même thème, son regard reste embué par un certain naturalisme. En effet, dans ses toiles d'après 1870, comme son confrère Guillaumin, il se fait le chantre du redémarrage de l'activité économique de ces années d'après la défaite. Comme s'il voulait imprimer une "trace carbone" sur les fraîches couleurs de l'impressionnisme, il note les cheminées d'usine surgissant entre les mâts des navires qui attendent d'être déchargés dans le port de Rouen.

    Fumées

    Par ailleurs, accablé d'enfants et de soucis financiers, obligé de se réfugier dans un village à la lisière de la Normandie et de l'Ile-de-France, Pissarro accourt dans la ville de Flaubert pour renouveler son stock d'images, quand les fermes et les vallons des environs finissent par ne plus l'inspirer. Avec ses reflets, l'eau, celle de la Seine comme celle de la mer, c'est définitivement l'oxygène des impressionnistes. À Rouen, Pissarro, qui jusque-là célébrait les charmes de la campagne française, découvre, lui aussi, les transformations du paysage... Dix ans après Monet, il pointe la fumée des cheminées et le manège des portefaix, images de la révolution industrielle en cours.

    C'est Pissarro qui fait remarquer à Gauguin toutes les opportunités que Rouen pouvait offrir à un artiste démuni. Ayant abandonné une confortable carrière de collaborateur d'agent de change pour la peinture, le petit-fils de Flora Tristan n'arrive pas à joindre les deux bouts. En plus d'une vie plus facile, il espère trouver à Rouen des acheteurs pour sa peinture. Il va très vite déchanter. Son refus de peindre comme Pissarro le centre-ville, la foule autour de la cathédrale, traduit-il son amertume ? Plutôt que d'installer son chevalet sur les quais de la Seine, il peint les faubourgs, les lieux où la ville se défait. En réalité, Gauguin est à la recherche d'une image plus intérieure. D'ailleurs, au bout d'un moment, déçu par la ville, il s'embarque pour Copenhague, rejoignant femme et enfants. Il n'en a pas moins peint à Rouen quelques oeuvres d'importance, prenant conscience, avant les autres, du rôle décisif de la couleur.

    Restent les compagnons de route que la notoriété n'a pas toujours retenus. L'impressionnisme a généré jusqu'à aujourd'hui un peloton de suiveurs plus ou moins doués. Concentrée autour de personnalités comme Lebourg, une école de Rouen a même fait florès au début du XXe siècle. Lévi-Strauss situait à cette époque le commencement de la fin de la grande peinture. Pour Lebourg, il a sans doute raison ; dans le cas de Monet, c'est plus compliqué...

    "Rouen, une ville pour l'impressionnisme. Monet, Gauguin, Pissarro à Rouen". Rouen, musée des Beaux-Arts. 4 juin-26 septembre. Renseignements sur le site internet du musée .