Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

le couteau

  • Théodore Botrel- Le Couteau


    podcast

     

    Pardon, monsieur le Métayer

    Si, de nuit, je dérange

    Mais je voudrais bien sommeiller

    Au fond de votre grange?

    Mon pauvre ami, la grange est pleine

    Du blé de la moisson

    Donne toi doncplutôt la peine

    D'entrer dans la maison.

     

     

    Mon bon Monsieur, je suis trop gueux:

    Qué gâchis vous ferais-je!

    Je suis pieds-nus, sale et boueux

    Et tout couvert de neige.

    Mon pauvre ami, quitte bien vite

    Tes hardes en lambeaux:

    Pouille-moi ce tricot, de suite

    Chausse moi ces sabots!

     

    De tant marcher à l'abandon

    J'ai la gorge sèche:

    Mon, bon Monsieur, baillez-moi donc

    Un grand verre d'eau fraîche!

    L'eau ne vaut rien lorsque l'on tremble,

    Le cidre... guère mieux:

    Mon bon ami, trinquons ensemble;

    Goûte-moi ce vin vieux!

     

     

    Mon bon Monsieur, on ne m'a rien

    Jeté, le long des routes;

    Je voudrais avec votre chien

    Partager deux, trois croûtes!

    Si depuis ce matin, tu rôdes,

    Tu dois être affamé

    Voici du pain, des crêpes chaudes,

    Voici du lard fumé!

     

    Chassez du coin de votre feu

    Ce rôdeur qui ne bouge.

    Êtes vous «Blanc»? Êtes-vous « Bleu »?

    Moi je suis plutôt « Rouge »!

    Qu'importent ces mots: République,

    Commune ou Royauté:

    Ne mêlons par la Politique

    Avec la Charité!

     

    Puis le métayer s'endormit

    La mi-nuit étant proche.

    Alors, le vagabon sortit

    Son couteau de sa poche

    L'ouvrit, le fit luire à la flamme,

    Puis se dressant soudain,

    Il planta sa terrible lame

    Dans... la miche de pain!

     

    Au matin-jour, le gueux s'en fut

    Sant vouloir rien entendre...

    Oubliant son couteau pointu

    Au milieu du pain tendre:

    Vous dormirez en paix, ô riches!

    Vous et vos capitaux,

    Tant que les gueux auront des miches

    Où planter leurs couteaux!!!