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léon de vesly

  • Culture de Normandie:Acquigny, le pèlerinage des martyrs

    source: Léon de VESLY - Légendes et vieilles coutumes (1905)

    Le territoire d'Acquigny fut arrosé par le sang des premiers chrétiens : Maximus et Vénérandus qui subirent le dernier supplice pour la foi. Le spectacle de leur constance convertit trente-huit soldats qui les gardaient et qui voulurent partager leur sort.
    Cette exécution fut ordonnée par l'empereur Dioclicien, disent les chroniques, et l'endroit où elle eut lieu est appelé : champ des quarante martyrs. On le montre encore aujourd'hui dans la prairie, et chaque année, le lundi de la Trinité, s'y fait un des plus curieux pèlerinages de la contrée. Rien de plus pittoresque que la longue procession qui se déroule lentement sur la grande route entre la claire rivière et le coteau de Cambremont. Les ors des chasubles reluisent au soleil, sous ses chauds rayons, le rouge des soutanes des petits clercs, l'écarlate des chaperons des frères de Charité s'avivent et s'exaltent. Des taches lumineuses s'accrochent aux bannières, aux oriflammes, aux torchères, et, dominant ce poudroiement des couleurs, ce triomphe des ors, les châsses de Saint Mauxe et Saint Vénérand. Celle-ci, en forme de tête, donnent l'illusion de géants suivant la théorie des prêtres. Au chant rythmé des litanies, la procession a parcouru les deux kilomètres séparant l'église d'Acquigny de l'enclos vénéré. Les porteurs des châsses s'arrêtent au carrefour d'un petit chemin d'accès, et se placent vis à vis l'un de l'autre, ils élèvent alors les saintes reliques à la hauteur des épaules. Sous l'arcade formée par leurs bras et les châsses, passent, courbant la tête comme sous le joug, une foule silencieuse et recueillie. Cette cérémonie est imposante et ne manque pas de grandeur.
    Dès que le défilé des fidèles ont terminé, les châsses sont déposées sur un autel formé de trois pierres, trilithe chrétien, qu'ombrage une belle croix dans le style Renaissance. Quelques psaumes sont encore chantés et les prêtres se retirent sous les grands marronniers qui entourent le champ vénéré, pour réciter des Évangiles : il se forme là des groupes charmants pour l'artiste et l'observateur. Cependant, la curiosité de ce dernier ne tarde pas à être éveillée de nouveau par le spectacle qui s'offre à ses yeux.
    Les enfants prêts à quitter les lisières sont amenés d'un côté de l'autel et incités par leur mère ou leur nourrice, ils passent seuls dessous. Désormais, ils marchent sans être tenus.
    Des adultes, des vieillards partent également sous l'autel pour guérir leurs douleurs et leurs rhumatismes. Les jeunes fiancés s'engagent aussi dans l'ouverture sacrée et tous y ramassent des petits cailloux qui sont des talismans précieux. Ils en prennent sept, et ceux choisis doivent adhérer au front par la seule pression du doigt. Beaucoup de pèlerins reviennent en procession et regagnent leur logis avec un caillou placé au milieu du front.
    Une autre particularité de la fête de Saint Mauxe : présence, aux abords la prairie de marchands d'objets de piété et de gâteaux appelés "cernouettes" ; galette, d'une pâte lourde et indigeste, rappelant la tradition de l'ancien pèlerinage de Sainte Venice, mentionnée par Hercule Grisel.