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conte normand

  • Culture de Normandie: Conte normand « Comme au Far-West »

    Vos savez-ti c' qu'est arrivé au père Philoque, ma parole, y s'est cru au far-west! Un drôle de cowe-boi, le père Philoque! J'tiens c't'histoire du n'veu au père Machure qu'a vu l'vétérinaire y a peu d'temps.

     

    Vos savez qu'il doit passez dans nos fermes pour la prophylaxie. Y vaccine contre la tuberculose un jour, pis y r'vient deux jours pus tard pour vérifier l'résultat et faire l'vaccin d'la fièvre aphteuse. Nos est prévenus du jour de son passage, s'pas? Alors les vaches restent à l'étable pour faciliter son travail. Y faudrait pas qu'il coure dans les champs après les bêtes. Y perdrait trop d'temps!

     

    Eh ben, l'père Philoque avait mis la lettre sur le buffet et l'avait oubliée. Quand le véto s'est pointé, l'étable était vide!

     

    • Alors, père Philoque, vous avez caché vos vaches? Qui fit l'gâs.

    • Hêlo! C'est vrai! J'vous avais oublié! C'est-ti bête tout d'même! Les vaches sont au champ!

    • Eh bien, je repassarai!

    • Non, non! Attendez! Y en n'a pas pour longtemps! Vos allez voir!

     

    Le fermier entra dans la maison et en sortit peu après, bardé de cartouchières, un fusil à la main, tel Tartarin allant à la chasse aux lions.

     

    • Ah mais! Vous partez à la guerre?...

     

    Il ne répondit pas et alla chercher un cheval à l'écurie. Il grimpa dessus, claque la langue pour appeler ses chiens et dit en se retournant vers le véto:

     

    • ça n's'ra pas long, j'vous dis! Attendez là! les vaches vont bentôt arriver!

     

    Il partit au trot, suivi des chiens. Le champ n'était pas très loin. Il y arriva rapidement et tira deux coups de fusil en l'air, tout en effectuant un mouvement tournant pour prendre les vaches à revers. Ces dernières, alertées par les coups de feu, revinrent vers la ferme. Comme elles n'allaient pas assez vit, le père Philoque, après avoir rechargé son arme, tira plusieurs coups de fusil, tout en tournoyant autour du troupeau tandis que les chiens aboyaient.

     

    Les bêtes effrayées se mirent aussi vite que leur masse le leur permettait. C'est au galop dans un nuage de poussière que le troupeau s'engouffra dans l'étable suivi du cowe-boi qui tenait son fusil fumant à la main.

     

    • voilà! Qui fit en descendant du canasson. Vos n'avez pas trop attendu?

    • Eh bien! Buffalo Bill n'aurait pas fait mieux! J'ai cru que vous les attraperiez au lasso... enfin!

    • Vos n'avez pus qu'à les piquer maintenant!

    • Je me demande si je ne devrais pas les piquer avec un arc et des flèches pour rester dans l'ambiance du far-west!

  • Culture de Normandie:Parabole de l'Enfant Prodigue

    PARABOLE DE L' ENFANT PRODIGUE.


    Un père avait deux effants ; l'cadet li dit ment cha : - Man père, baillez mai ce qui deit m'erveni d'vot'bien. Et le bonhomme déguenassit s'n'ergent et leux sépartagit san de quoi.

    Après que le pus jeune eut hallé à san père le pus qu'il put, il s'ensauvit dans un endreit oyoù qu'il mâquit tout ce qu'il avait, dans des dépotayers et des much'-tan-pot, avec un tas de braudées, de quaimands, et autres genées.

    Drès qu'il eut tout envalé ment un saffre, et qu'il en fut hâqué au point de rebouquer dessus, il arrivit eune grande fameine ; et comme i n'avait point eune crôte à se fourrer dans la goule, il eut quasiment la faimvalle.

    I dévala devers la ville, et trouvit à se placher cheux un moussieu, qui l'envéyit ava lés camps pour garder lés pourcias et lés treues.

    Il eût bien voulu, ilau, pûcher à même les claffrées d'écales, de peires blèques et de pluquettes que les cochons baffraient, pour remplir sa falle ; mais pièches ne li en baillaient. Et pis sa pannée était en loques, il était nu-gambes ; il avait bein freid.

    Il s'dit en tout par li : J'sieux un blot, un vrai atot ; y a dans la maison de nos gens des garchons de querrue et des batteux en grange qui mangent des pies et des flambées quand no cuit, tandis que mai, ichit j'nai tant seulement pas un miet de d'qui à me mettre dans le gavion.

    Faut que j'prenne m'n'équeurce, et que j'men voige cheux nos gens. J'dirai à man père : - J'sieux un sotas, un piant ; j'ai tout mâqué ; j'en ai ben deu, allez, et je n'sis pus deigne d'être appelé vot' fils. Traitez mai ment le drenier des journaliers qu'os avez l'endreit.

    I se levit et s'n'allit après san père, mais quand stichitte le vit si pitiable et si loquetu, il en crétit, et courant à li, i se j ettit à sen cô et l'embrachit.

    L'éffant, qu'était pas mal coinche, li dit : - Man père, j'ai bigrement mal agi envers vous ; j'en bisque assez, marchez ; mais annuit j'sieux bien duit.

    Le bonhomme li réponnit : - Pisque te v'là, n'causons pus de cha. Et i dit à ses gens : - Baillez li une plaude toute risant neuve et un capet ; mettez li des cauches aux gambes et des galoches ès pieds ; fourrez li le deit dans un annet.

    Allez étout quérir un viau gras ; tuez le ; mêlez y le salé qu'est dans la tinette ; tirez de la meilleure bêchon et du pré ; faut que j'fachions eune fière boustifaille.

    Pa'ce que man garchon, que v'la, avait mouru et il est ersuscité ; il était adiré et il est artrouvé. Et on c'menchit à bouffer le fricot d'eune rude fachon.

    Pendant cha, l'ainné fils qu'était ava la campagne à réquer des pommes à beire, ervint cheux ses gens. Quand il approchit, il fut bein surprins de veir de la mâquaille comme si c'était dans les gras-jours.

    Et il app'lit un des gens pour saveir qui que c'était que tout cha, et pour qui tout su feton là .

    Stichitt li réponnit : - C'est vot' besot qu'avait fiché le camp et qu'est arvenu dans la débine ; et vot' père, au lieur de quêcher, l'a débraudé et requinqué , et pis il a c'mandé de tuer le viau gras .

    Ah ! c'est ment cha ! qu'i dit ; i faut se dejuquer de la turne et mâquer san de quoi pour qu'on vous fasse des repas de Lisieux ! c'est de la gabegie; j'veux pas être témoin d'ces giries là.

    Mais san père l' aperchut et li dit : - Vi t'en aveu nous, fieu.

    Et stichitte li réponnit : - Man ch'pére, v'la tout plein des années que j'vos sers sans rebouquer sus ce que vous m'avez c' mandé ; malégré cha, vous ne m'avez jamais baillé ni chai, ni béchon, ni ergent, pour me régaler aveu d's amis ;

    Mais vot' aut' effant s'ensauve ; i va mâquer tout san de quoi avec d'autres manjurias et des gouines ; il revient tout décaduit, et vous vous baillez n'sai cobein d'détourbier à s'n égard !

    Le père li dit : - V'la ben du bagout, et su potin là c'menche à m'éluger. N'sais tu pas bein qu'tout ce que j'ai est à tai et qu' tu seras aussi bein étoré qu' là été tan frère ?

    Mais quand le mauvais gas qu'était adiré est ertrouvé ; quand stila qu'avait mouru est ersuscité, fallait pas l'effoucher ni l'erbuter ; au contraire, fallait choquer pour fêter san retour.

    FIN.