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bal de noce

  • Traditions de Normandie: La soirée de Noce en Normandie


    L'heure du bal a sonné et les nociers s'empressent vers la grange dont l'air a été balayée, et que des chandelles fumeuses, fixées dans la fente de bouts de bois attachés aux murs, éclairent à demi. Quelque peu titubant, le violoneux se hisse non sans peine sur un tas de gerbes, accorde son crincin, passe l'arcanson, autrement dit la colophane, sur l'archet, et attaque un air de contredanse, hochant la tête, abaissant et levant son violon pour marquer la mesure, et criant à tue-tête les figures. Puis lorsque la contre-danse terminée, le malicieux bonhomme s'empresse de faire aigrement crier la chanterelle pour donner le signal des embrassades.

    C'est entre les danseurs une ardente émulation à sui sautera, s'enlèvera le plus haut, et du talon marquera le plus vigoureusement la cadence. Aussi, pour se trémousser plus à l'aise, les hommes ont-ils mis habit bas, et les femmes ôté leur belle robe de la noce pour en prendre une autre qui ne craigne ni la poussière, ni les accrocs. Toute la nuit durant on se démène avec un infatigable entrain, ne prenants que quelques courts moments de repos, assis ou étendus sur les gerbes.


    Vers la crique du jour, toutefois, le rigodon s'est alourdi, le jarret des danseurs a perdu son élasticité, et les jambes qui n'en peuvent mais demandent grâce. Les anciens retournés à table, faisant trêve à leurs doléances, à leurs regrets du temps passé, ronflent à l'envi, la tête appuyée sur le coude, et les enfants reposent mollement couchés dans la crèche. On réveille les uns et les autres, et une ronde finale, dont le refrain est répété à l'unisson, termine le divertissement.

    Les gens de la noce embrassent la mariée, les adieux et les portements s'échangent; chacun grimpe dans sa carriole ou s'en retourne pédestrement comme il est venu, emportant le durable souvenir d'une joyeuse journée, trop vite écoulée au milieu de la bombance et du plaisir.

    Tout n'est pas fini, toutefois, et les horsains partis, les invités du voisinage vont présenter aux mariés déjà couchés, les rôties qu'on vient de préparer, et qui servent de prétexte ç des farces okys ou moins réjouissantes et de bon goût.

    Ce sont les couches-bru qui ont déshabillé, couché la mariée, la couturière qui l'a déchaussée, et les garçons d'honneur qui offrent les rôties aux mariés. Mais on a soin de s'arranger de manière que la bru choisisse celle qui lui est destinée, laquelle est composée de vin sucré et de pain rôti.

    La rôtie du nouveau marié est, au contraire, une détestable mixture. Tantôt le pain rôti a été remplacé par du charbon et le vin par de l'eau; parfois les tranches de pain grillé sont lisées avec du fil et les dents de l'infortunée mari ne peuvent en tirer miette; parfois c'est une cuillère percée dont il doit se servir. Enfin on s'ingénie à l'ennuyer, à le tourmenter pour mettre sa patience à l'épreuve et s'égayer à ses dépens. Il faut, il le sait, qu'il fasse bon visage, et c'est avec soin qu'il se gardede laisser paraître la mauvaise humeur qu'il ressent, en se souvenant de l'avoir procurée à ce qui se sont mariés avant lui.