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alentours de dieppe

  • Dieppe et ses alentours par la Comtesse Jean de Pange

    « Mes grand-parents d'Armaillé avaient acheté, dès 1880, une de ces « affreuses maisons » quio, à mes yeux d'enfant paraissait le paradis! L'arrivé à Dieppe a été pour moi pendant longtemps le plus beau jour de l'année … La vie des enfants s'organisait à Dippe un peu comme à Paris et sans beaucoup plus de liberté. Il n'était pas question d'aller courir suur la plage où l'on ne pouvait ni enlever ses souliers, ni s'asseoir à cause des galets. Je regardais avec envie les enfants pauvres, les « petits polissons » comme disait ma grand-mère, galoper pieds nus dans l'eau à travers les rochers pour pêcher des crevettes ou des moules. Mais je savais que ces jeux étaient interdits aux petites filles bien élevées. Quand il n'y avait ni trop de vent, ni surtout trop de soleil, les grandes personnes faisaient apporter par les domestiques des chaises de cuisine qu'on installait sur les galets devant le caison. Cette partie de la plage était un peu plus propre, étant défendue contre le vulgaire par des cordes tendues. Des coreds aussi séparaient les sexes dans le bain. On se déshabillait dans des cabines. Les dames riches louaient des cabines montées sur roues et traînées par un cheval qui s'avançait dans la mer jusqu'au poitrail; de cette façon, la dame pouvait entrer dans l'eau sans être vue des autres baigneurs.

     

    On a souvent décrit les costumes de bains enveloppants de cette époque. En fait, les dames se baignaient peu. Je n'ai jamais vu ni ma mère, ni ma soeur, ni mes tantes prendre un bain de mer. Même les hommes portaient des vêtements flottants à peine échancrés autour du cou avec des manches, des pantalons descendant au-dessous des genoux. On restait des heures immobiles sur les galets à regarder l'horizon sous des ombrelles et avec des gants et des voilettes pour se préserver du hâle...

     

    On avait si peur pour nous de l'air de la mer que, lorsque les greffulhe n'étaient pas à « La Case », on louait un jardin bien loin dans la campagne pour nous envoyer jouer l'après-midi. Comme il fallait bien occuper les chevaux qu'on avait amenés à grands frais, on nous faisait faire très souvent des promenades en « victoria » ou en « vis-à-vis » aux environs de Dieppe avec cocher et valet de pied en livrée et en chapeau haut de forme, comme à Paris. Quand pour une raison quelconque, les chevaux n'étaient pas disponibles, on louait l'antique attelage d'un vieux pêcheur, le père Perrier qui se vantait d'avoir été postillon de Charles X. il portait, lui aussi, une bizarre livrée verdâtre surmontée d'un haut de forme cabossé en cuir bouilli.

     

    Cette Normandie d'été était ravissante, et bien que tout enfant, j'en sentais déjà le charme. Le vieux cocher savait varier les promenades dans la vallée d'Arques ou sur les plateaux de Pourville, de Varangeville et du Puys. Nous nous arrêtions pour goûter dans certains endroits préférés. Pendant l'arrêt, l'équipage descendait de son siège et se mettait à l'aise, libérant les chevaux des rênes et s'asseyant sur l'herbe. La nourrice de mon petit frère Louis entrait en conversation avec le valet de pied, au grand scandale de la nurse. Mais bientôt, tout rentrait dans l'ordre, on refermait les paniers et les parasols, le cocher reprenait son fouet, bien doroit sur son siège, le haut de forme reluisant sous le soleil, et on s'en retournait à la maison. »