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Personnages de Normandie: Rollon

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Noms et surnoms de Rollon


Rollon (Rollo en latin) est parfois appelé Robert Ier le Riche, Robert étant le nom qu'il reçut à son baptême. Les historiens normands le nomment volontiers Rhou ou Rou , qui résulte de l'évolution phonétique régulière de Hrólfr en dialecte normand, selon le schéma suivant: Hrólfr > Rolf > Rouf (cf. les noms de famille normand en -ouf) > Rou (voir également Osouf, variante Auzou ou Ingouf, variante Ygout). On trouve aussi une variante à partir du nom équivalent issu du germanique continental latinisé Rodulfus (Rodolphe), et une autre variante latinisée Radulfus (Ralf, Ralph), d'où son autre nom de Raoul. Plus souvent, on le surnomme « Rollon le Marcheur » (Göngu-Hrólfr en vieux norrois), car la légende raconte qu'aucune monture n'a jamais été capable de porter son imposante stature de plus de deux mètres pour plus de cent quarante kilos. Pour d'autres, la légende devait montrer Rollon comme un géant puisqu'il était puissant et redouté. De son côté, Régis Boyer, professeur de langues, littératures et civilisation scandinaves à l'université de Paris-Sorbonne, avance que ce surnom fait référence à ses multiples voyages, à son extraordinaire périple (göngu viendrait en fait de göngumadr, à savoir le vagabond).

Selon Adigard des Gautries, Hrólfr est la contraction de Hróó/ulfr, signifiant renommée/loup . 

Les pérégrinations d'un chef viking

Le périple de RollonL'histoire de Rollon est assez incertaine, notamment ses origines. L'historien Lucien Musset fait remarquer que « le succès de sa dynastie (Rollon est à l'origine de la lignée des ducs de Normandie) a créé autour de lui un halo de légendes » . De plus, les sources qui évoquent ce personnage sont presque toutes tardives.

Certaines d'entre elles (notamment danoises) racontent qu'il serait né au Danemark en 845. Les sagas islandaises du XIIIe siècle le présentent plutôt comme un Norvégien. C'est cette dernière thèse qui semble emporter l'adhésion aujourd'hui. Ces mêmes sagas expliquent que Rollon est le fils de Rognevald , un jarl (comte) de la région de Møre og Romsdal, dans le centre-ouest de la Norvège. Les ruines de son château se trouveraient dans la banlieue sud d'Ålesund. Comme beaucoup d'autres Scandinaves, il est finalement contraint de quitter son pays et de parcourir les mers.

Selon toute vraisemblance, il prend la tête d'une bande de Vikings, essentiellement des Danois et quelques Norvégiens, s'attaque principalement aux côtes de la Mer du Nord et de la Manche. Dudon de Saint-Quentin, historien du début du XIe siècle, ajoute plusieurs détails, malheureusement invérifiables : après son bannissement de Norvège, Rollon trouve refuge auprès du roi anglo-saxon Alstelmus . Ce dernier lui confie une petite troupe d'Anglais et le Viking part ainsi avec sa bande anglo-scandinave ravager la Frise, l'embouchure du Rhin et de l'Escaut.

Dudon de Saint-Quentin place l'arrivée de Rollon dans le royaume franc en 876 exactement. Là encore, aucune preuve ne permet de vérifier cette affirmation. Aujourd'hui, plusieurs historiens, comme Jean Renaud ou Lucien Musset avant lui, doutent de l'exactitude de cette date, et proposent une datation plus tardive (890-905) .


L'installation de Rollon en Normandie

Premiers contacts avec la Normandie
En tout cas, quelle que soit la date, Rollon aborde la Francia par la Seine. Il découvre une région (la future Normandie) pillée régulièrement depuis 841 par ses compatriotes vikings. Sa bande s'installe à l'embouchure de la Seine et de là lance différents raids dans le royaume franc. Notre principale source, Dudon de Saint-Quentin, rapporte que Rollon participe au siège de Paris (celui de 885-886 ?), s'empare de la ville de Bayeux peu après et pille la Bourgogne.

L'historien Pierre Bauduin défend la thèse d'une installation précoce de Rollon en Normandie. Une installation suffisamment longue pour que le chef viking noue des contacts avec les représentants du pouvoir carolingien et de l'Église. N'épouse-t-il pas, more danico (et certes de force), Poppa, la fille du comte de Bayeux Bérenger, après la prise de la ville et après avoir tué celui-ci ? Rollon développe sûrement des alliances avec les autorités en place, de telle manière qu'au début des années 910, il n'est plus un obscur chef de bande.



Le Traité de Saint-Clair-sur-Epte (911)


En 910-911, l'armée de Rollon échoue à prendre Chartres ; la légende prétend que Gancelme, évêque de la ville, aurait fait partir Rollon en brandissant le voile de la Vierge Marie. Il faut surtout y voir l'intervention conjointe des grands aristocrates du royaume : Robert, duc des Francs ; Richard le Justicier, duc de Bourgogne et Manassès, comte de Dijon. C'est le moment que choisit le roi carolingien Charles le Simple pour négocier avec le puissant chef scandinave. Les négociations aboutissent au traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911. Ses clauses ne nous sont connues que par le récit de Dudon de Saint-Quentin. Le roi cède à Rollon une partie de la Neustrie, certainement le comté de Rouen, base du futur duché de Normandie. En échange, Rollon s'engage à bloquer les incursions vikings menaçant le royaume franc. Il se fait baptiser en 912 en la cathédrale de Rouen sous le nom de Robert, du nom du duc Robert, son parrain de baptême et ancêtre des futurs rois capétiens.

Rollon, jarl des Normands


Considéré par les historiens comme le 1er duc de Normandie et le fondateur du duché normand, il ne porte pourtant pas le titre de « duc de Normandie » mais seulement celui de « jarl des Normands », l'équivalent du français prince. Aussi, les textes latins le qualifient très souvent de « princeps », autrement dit de prince. Il hérite aussi de la charge carolingienne de « comites Rothomagenses », comte de Rouen ou de « marchiones », marquis, titre de celui qui défendait la Seine contre les incursions vikings.



Gouvernement de Rollon


Il restaure la paix et la sécurité en Normandie. Une légende raconte que Rollon suspendit pendant trois ans un anneau d'or à un arbre de la forêt de Roumare sans que personne n'ose le voler. Le jarl s'appuie sur l'archevêque de Rouen pour relancer l'Église séculière et rétablir la vie monastique. Les moines de Saint-Ouen de Rouen osent revenir avec leurs reliques. La normalisation sur le plan religieux reste toutefois à ses prémices.

Rollon bouleverse-t-il le gouvernement de la région par rapport à ses prédécesseurs carolingiens ? S'inspire-t-il par exemple des institutions scandinaves pour réformer son nouvel État ? Les sources à notre disposition ne permettent pas de répondre. Il faut attendre les successeurs de Rollon pour comprendre l'administration du jeune duché.

Chef viking ou prince chrétien ?


L'installation de Rollon à Rouen n’inaugure pas la colonisation scandinave dans l’actuelle Normandie. Elle la renforce. En effet, selon Jean Renaud, des Danois s’étaient déjà installés à l’embouchure de la Seine, sans compter la colonisation régulière et indépendante sur les côtes du Cotentin.

Rollon partage la terre « entre ses chevaliers et des étrangers » précise Guillaume de Jumièges. Au vu de la toponymie, les colons s'établissent près des côtes et en Basse-Seine. Mais le pays est loin d'avoir été déserté par la population locale. Celle-ci avait fui les affrontements, mais une fois la paix rétablie et les nouveaux seigneurs installés, la vie reprit son cours normal.

Après le traité de Saint-Clair-sur-Epte, Rollon poursuit ses expéditions de pillage ou ses tentatives plus ou moins réussies d'extension territoriale. Il fait également preuve de sévérité à l’égard des hommes du roi comme le souligne Dudon de Saint-Quentin. L’anecdote qui suit est décrite comme étant légendaire par les historiens, mais elle marque le rejet de toute ingérence royale dans les affaires de Rouen. Donc en 922, deux chevaliers sont envoyés par Charles le Simple afin de s’assurer de la sécurité de sa fille Gisèle, qu'il avait promise comme épouse au jarl de Normands. Ces deux chevaliers ne sont pas présentés à Rollon, et circulent sans autorisation dans le comté. Lorsque celui-ci apprend leur existence, il les fait capturer, et les amène sur la Place du Vieux-Marché de Rouen pour les décapiter aux yeux de tous. Cet épisode représente pour Dudon de Saint-Quentin et Guillaume de Jumièges le début de la dégradation des rapports entre le comte et le roi Charles.


Lors de la déposition momentanée de Charles le Simple, les Normands de Rouen lui restent fidèles. Conformément aux clauses du traité, aucune flotte scandinave ne remonte la Seine pour piller le royaume franc. Mais les annales nous précisent qu'en 923 Rollon et ses hommes trahirent leur serment de 911. Selon Flodoard, Ragenold, chef des Vikings de la Loire, convainc « ses compatriotes de Rouen » de mener une entreprise de pillage jusqu’à Beauvais, ce qu’ils firent.


Le chroniqueur insiste sur le nombre de captifs francs, mille au total, ce qui justifia la réaction de 924 du comte Herbert II de Vermandois et du roi Raoul, mandé par Hugues le Grand, fils du roi Robert Ier, le prédécesseur de Raoul. Ces deux personnages menèrent une expédition punitive sur le comté de Normandie. Rollon réagit à cet affront en poussant son armée cette fois-ci bien au-delà de l’Oise. Pour trouver une issue favorable, la diplomatie prit à ce moment là toute son importance, et ce furent les ambassadeurs normands qui eurent le dernier mot, puisque le roi fut contraint de payer un tribut aux Normands[8]. Rollon reçut également en réparation les régions du Bessin et de l’Hiémois. Il ne faut pas oublier que la population continuait de payer le danegeld au comte et ce jusqu’en 926[9]. D'après les Annales de Flodoard, chanoine de Reims, en 924, le jarl des Normands obtint du pouvoir carolingien Cinomannis et Baiocae (Le Mans et Bayeux), c'est-à-dire le Comté du Maine et le Bessin. Lucien Musset juge improbable la concession de tout le comté et propose plutôt de parler de la région de l'Hiémois.

En 925, Flodoard retrace dans ses chroniques le parcours de Rollon sur les terres franques, qui rompit du même coup la paix de 924. Avec son armée, il prit position dans le comté de Flandre ; les villes de Beauvais, d'Amiens, d'Arras et enfin de Noyon furent tour à tour pillées et incendiées. Face à cette incursion, le comte Herbert et le roi Raoul allièrent de nouveau leur force pour piller le comté de Normandie. L’armée de Rollon les repoussa, mais le comte dut faire face à une révolte « des gens du Bessin » qui refusaient certainement la nouvelle tutelle comtale.

La répression franque ne s’arrêta pas pour autant puisqu’un second assaut se prépara contre la jeune Normandie. Arnoul Ier de Flandre s'empara de Bresles, et dirigea l’ensemble de ses forces sur la forteresse normande d’Eu. Rollon y envoya des renforts que Flodoard estime à mille hommes. Mais quel que fût leur nombre, les Francs eurent raison de la forteresse, qui tomba sous leur contrôle et finit par être brûlée avec ses occupants. C’est grâce à l’intervention de Hugues le Grand que les hostilités cessèrent. Les Normands acceptèrent les termes de l’accord et rendirent les terres qu'ils venaient fraîchement de conquérir. Les fils de Baudouin II le Chauve, Arnoul Ier de Flandre et Adolphe de Boulogne, reprirent leurs possessions. Raoul de Gouy et Helgaud de Ponthieu en firent autant. Cette défaite normande ne fut pas cuisante puisque le comté de Normandie ne fut amputé d’aucune concession territoriale.

Ces affrontements au niveau de la Picardie se placent dans un contexte d'effondrement du pouvoir royal dans cette région (le carolingien Charles le Simple est renversé par Raoul). La Picardie devenait à partir des années 920 "le terrain où se heurtaient les appétits des principaux dirigeants de France du Nord" (jarl des Normands, comte de Flandre, duc des Francs et comte de Vermandois). Avec pour enjeu principal : le contrôle des contrées littorales du pays. D'où des conflits autour des forteresses d'Eu et de Montreuil-sur-Mer.


La fin incertaine de Rollon

Gisant de Rollon (Rollo), dans la cathédrale de RouenLa date et les circonstances du décès du premier jarl des Normands restent incertaines. D'après Richer de Reims, Rollon le Marcheur meurt en 925, lors du siège du château d'Eu, conduit par Herbert 1er, dit le Vieux ou le Grand, et Arnoul comte de Flandres . C'est en effet possible puisqu'en 927, on voit son fils Guillaume Longue-Épée, prêter serment de fidélité pour les Normands. Toutefois, Flodoard, dans un passage ambigu, sous-entend que Rollon vivait encore en 928 . Surtout, selon Dudon de Saint-Quentin, le premier jarl n'aurait pas été tué : il aurait abdiqué en faveur de son fils et vécut ensuite 5 ans. L'historiographie actuelle reprend généralement ce récit et place la mort de Rollon vers 932-933[13]. Par contre, l'historien anglais David Douglas ne croit pas à cette période de transition et croit plutôt à une date de décès autour de 925-927 .

Selon le père Anselme, il est inhumé dans la cathédrale de Rouen, puis sa dépouille transférée à l'abbaye de Fécamp dans la seconde moitié du Xe siècle, sous le principat de Richard Sans-Peur, son petit-fils.

Commentaires

  • Rollon, premier "Jarl des Normands" ?

    ... peut-être de ceux de France mais certainement pas en Scandinavie où il ne le fut jamais, étant de simple souche populaire.
    Enfin ce terme est typiquement scandinave et s'écrit Järl, ce qui n'est autre qu'un Comte à cette époque.
    Il n'est donc pas nécessaire de l'appliquer ici comme tel mais de l'appeler Comte ou Duc de Normandie car il n'y a pas encore de différence entre les deux : c'est le titre d'un grand chef, ce qu'il était alors en région de Rouen, avant qu'elle ne devienne rapidement la Normandie ...

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